Le talisman est un objet auquel on attribue des vertus magiques. Son rôle est toujours défensif, puisqu’il s’agit toujours de protéger une personne contre le mauvais œil, les djinns ou les maléfices des sorciers. Le mot talisman est d’origine arabe, tilisman et il est passé dans les langues européennes par l’intermédiaire du grec telesma, qui a figuré, au Moyen Age dans les traités d’alchimie et de magie, traduits de l’arabe. Les musulmans étaient passés maîtres, à cette époque, dans la fabrication des talismans et les talismans rédigés en langue arabe étaient très recherchés en Europe.

Certains talismans, notamment ceux d’Orient, étaient placés sous l’influence des astres mais dans l’ensemble, le talisman est un écrit ou alors une image à laquelle on accorde des pouvoirs. Au demeurant ce genre de talismans était connu depuis longtemps : les Assyriens plaçaient à l’entrée de leurs temples des images magiques et, en dépit de l’interdiction de la magie, les Israélites avaient fabriqué un serpent d’airain pour se protéger des morsures du serpent (dans le Livre des Nombres). Au Maghreb, on a pris l’habitude de placer les images des animaux qu’on voulait combattre dans les maisons.
Dans l’antiquité déjà, les Carthaginois enfouissaient sous les maisons les images en métal des scorpions pour protéger les habitations de ces animaux.
Toujours, dans l’antiquité maghrébine, on utilisait parfois le scorpion comme talisman, ici, une sorte d’antidote contre ses piqûres. Saint Tertullien rapporte que les Berbères christianisés faisaient sur les blessures des signes de croix puis les frottaient avec le corps écrasé de la bête. Dans l’Algérie moderne, on confectionne des herz (amulettes), avec des scorpions morts, enveloppés dans un morceau de tissu et porté en pendentif. On a gardé, avec l’Islam, cette habitude de se protéger des bêtes nuisibles par des talismans. Le Rawdh al qirt’as rapporte qu’autrefois la coupole qui surmontait le mih’rab de la mosquée d’Al Qaraouine, à Fès, portait des talismans.
Un de ces talismans représentait un oiseau saisissant dans son bec un scorpion, sans doute pour protéger la mosquée de cette bête. Un autre talisman avait la forme d’un globe et était destiné, lui, à éloigner les serpents. Au XIXe siècle, on pouvait encore voir dans la grande mosquée de Kairouan, en Tunisie, l’image d’un cyprès qui, d’après les habitants, figurait une vipère : l’image protégeait la ville des reptiles.
C’est là une croyance universellement répandue que l’image d’un animal dangereux ou nuisible protège de cet animal ou du moins le tienne éloigné.
Les livres de magie contiennent de nombreuses formules et des talismans contre toutes sortes d’ennemis. Pour la guerre, on confectionnait des talismans spéciaux, appelant à la déroute des ennemis, notamment des infidèles. Ces talismans étaient en général portés par le chefs militaires qui les mettaient sur leur poitrine ou dans leur turban : la protection valait pour toute la troupe. Les ouvrages qui traitent de ces talismans, indiquent que la magie qui est employée là est parfaitement licite: d’ailleurs elle ne peut être efficace que dans la défense des causes justes, autrement dit, pas question de les utiliser dans les conflits fratricides!
Toujours pour se protéger dans les conflits armés, il existe des talismans individuels qui auraient pour effet de mettre en déroute l’ennemi qui approche. On cite aussi des rites de protection individuelle. L’un des plus curieux consiste à se protéger contre les balles. C’est le tebrid, mot signifiant «refroidissement». Les balles tirées atteignent bien leur cible mais par l’effet du rite ou du talisman, elles fondent avant d’avoir d’atteint leur cible humaine. Les ouvrages de magie qui parlent des talismans ajoutent que la magie ne peut rien contre les balles en or ! Mais pas de risque à courir puisque on ne connaît pas d’ennemi qui utilise ce genre de balles!
Le djedwal est une variété de talisman. C’est un carré divisé en 16 cases égales dans lesquelles on inscrit des chiffres et des lettres, ainsi que des versets du Coran, magnifiant la puissance divine. Il existe plusieurs djedwal pour combattre le mauvais œil, pour favoriser la venue de prétendants pour une fille, pour arrêter la médisance. Ainsi, contre la médisance, on confectionne un djedwal et on ajoute une forme : «J’immobilise votre langue, je la rends impuissante à parler de moi, je la paralyse, etc.» On recourt également à la magie pour combattre un oppresseur et l’anéantir.
Le texte magique est, cette fois-ci, composé sur une feuille de plomb sur laquelle on écrit le nom de celui que l’on veut abattre. Puis on récite une longue incantation dans laquelle on demande à Dieu d’intervenir pour mettre fin aux agissements de la personne détestée. La feuille doit être enterrée près d’un endroit où on fait habituellement du feu. Les ouvrages de magie recommandent de ne pas mettre la feuille dans le feu, autrement la personne visée mourrait dans d’atroces souffrances. Mais ce type de magie est, comme on le sait, blâmable.
En revanche neutraliser un ennemi passe pour licite. Contre les voleurs, le talisman porte le sceau ou khatem du khafdj, formé par les trois lettres de l’alphabet arabe Kh, f et dj que l’on entoure d’un verset coranique.

 

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